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( 19 janvier, 2010 )

Il y a dix ans se préparait Porto Alegre…

Vers un tournant « post-altermondialiste » des Forums sociaux ?

 

par Bernard Cassen
        Secrétaire général de Mémoire des luttes, président d’honneur d’Attac

Conçus en 2000 et concrétisés pour la première fois en janvier 2001 à Porto Alegre, les Forums sociaux mondiaux (FSM) sont devenus des moments de forte visibilité pour les mouvements sociaux et citoyens de la plupart des pays du monde réunis pour dénoncer les ravages du néolibéralisme et mettre en avant des propositions alternatives. Mais une bonne formule finit par s’user après avoir réussi… D’où la nécessité de jeter des passerelles avec les forces politiques et avec les gouvernements progressistes qui mettent concrètement en œuvre des mesures directement issues des débats des FSM.

Dans ce petit bureau du Monde diplomatique à Paris où, le 16 février 2000, furent jetées les bases de ce qui allait devenir le Forum social mondial (FSM), aucun des présents [1] n’aurait pu imaginer qu’allait ainsi se mettre en place un nouvel acteur de la vie politique internationale. Et tout alla très vite, puisque le premier FSM se tint moins d’un an après, à Porto Alegre, capitale de l’Etat brésilien de Rio Grande do Sul [2].

Cette rapidité dans le passage de l’idée à l’action fut un remarquable exploit dont il faut créditer le comité d’organisation brésilien qui s’était constitué pour la circonstance. Dans un article publié en août 2000 [3], et qui contribua de manière décisive à crédibiliser et à mettre en orbite internationale le futur Forum, Ignacio Ramonet écrivait : « En 2001, Davos aura un concurrent autrement plus représentatif de la planète telle qu’elle est : le Forum social mondial, qui se réunira aux mêmes dates (du 25 au 30 janvier) dans l’hémisphère sud, à Porto Alger (Brésil) ». Il ajoutait, à partir des éléments dont il disposait à ce moment-là, qu’étaient attendus « entre 2 000 et 3 000 participants, porteurs des aspirations de leurs sociétés respectives ». Mais, à la surprise générale, ce sont près de 20 000 délégués qui se retrouvèrent six mois plus tard dans la capitale gaucha !

La réaction anti-Davos avait joué à plein dans cette mobilisation. La proximité volontaire des intitulés des deux Forums – Forum économique mondial ou World Economic Forum (WEF) pour Davos, et Forum social mondial pour Porto Alegre – et la simultanéité, tout aussi délibérée, des dates des deux rassemblements avaient constitué des atouts médiatiques majeurs. Le fondateur et président du Forum de Davos, Klaus Schwab, en fit d’ailleurs l’amère constatation en se plaignant du « détournement négatif » de la renommée du WEF.

Symbolisant la puissance et l’arrogance de la finance, et le mépris de la démocratie et de la société, Davos constituait une cible parfaite pour les mouvements sociaux et citoyens. Déjà, en janvier 1999, en pleine session du WEF, plusieurs organisations, dont le Forum mondial des alternatives (FMA) et Attac, avaient organisé un séminaire de deux jours à Zurich, suivi d’une conférence de presse sur le thème de « L’autre Davos » dans la station de ski suisse. Toute manifestation était en effet pratiquement impossible dans ses rues étroites et enneigées en raison du quadrillage policier et militaire. 

C’est donc contre tout ce que représentait Davos que se définirent les premiers FSM, dans une posture de dénonciation du néolibéralisme et de résistance à ses méfaits. Ils se situaient également dans le prolongement des combats zapatistes (en particulier de la Rencontre intergalactique du Chiapas de 1996) ; de la lutte victorieuse, en 1998, contre l’Accord multilatéral sur l’investissement (AMI), concocté en secret par l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), et dont le texte avait été rendu public par Le Monde diplomatique en France ; et évidemment de la grande mobilisation de Seattle contre l’Organisation mondiale du commerce (OMC) de décembre 1999 [4].

Dans une deuxième étape, les Forums devinrent plus propositionnels, ce qui se traduisit lexicalement par l’abandon du terme « anti-mondialisme » au profit d’« altermondialisme. Donc par le passage du refus à la proposition, ce qui correspondait mieux au mot d’ordre des Forums : « Un autre monde est possible ». Cette évolution s’effectua sans aucune modification des règles de fonctionnement du FSM, codifiées dans sa Charte de principes élaborée en juin 2001. Dans ce document de référence, le Forum est défini à la fois comme un espace et un processus, et absolument pas comme une entité. Il s’agit de ménager un lieu d’échanges, de dialogue, d’élaboration de propositions, de mise en place de stratégies d’action et de constitution de coalitions de tous les acteurs sociaux qui refusent la mondialisation libérale. Mais chacune de ces démarches n’engage que les organisations qui veulent s’y impliquer, et non pas l’ensemble de celles présentes au Forum.

Le FSM ne prend donc pas de positions en tant que tel, il n’y a pas de « communiqué final » de ses réunions ; il y a seulement des textes adoptés lors du FSM, mais pas de textes du FSM ni de ses déclinaisons continentales (comme les Forums sociaux africains, européens, etc.). Cette formule ouverte a permis d’incorporer progressivement aux Forums des forces nouvelles – syndicats « réformistes », organisations non gouvernementales (ONG), mouvements indigènes, féministes, écologiques, confessionnels, etc. – qui acceptaient de faire un bout de chemin avec des éléments plus radicaux, mais qui ne voulaient pas se laisser déborder par eux.

D’un FSM à l’autre, des centaines de propositions furent ainsi avancées ( plus de 350 pour le seul Forum de Porto Alegre en 2005), mais sans aucune hiérarchie ni articulation entre elles. Tout ce qui dérogeait au principe d’ « horizontalité » (toutes les propositions ont un statut équivalent) et tout ce qui apparaissait comme « vertical » (par exemple une plate-forme mettant en cohérence différentes propositions complémentaires, mais éparpillées) fut combattu par une fraction influente des organisateurs brésiliens des Forums et de dirigeants d’ONG qui y voyaient l’amorce d’un programme politique, voire de la création d’une nouvelle Internationale !

C’est ainsi que le Manifeste de Porto Alegre, socle de 12 propositions – issues des débats, et faisant à la fois sens et projet – présenté à Porto Alegre le 29 janvier 2005 par 19 intellectuels des quatre continents (dont deux Prix Nobel) [5] fut critiqué dans son principe même par nombre de gardiens auto-proclamés de l’orthodoxie « Forum ». Un sort identique fut ultérieurement réservé, par les mêmes, à l’Appel de Bamako, document programmatique à vocation planétaire, rédigé à l’issue d’une rencontre organisée par le Forum mondial des alternatives, et qui avait rassemblé 200 intellectuels et représentants de mouvements sociaux, dont une majorité d’Afrique et d’Asie, à la veille du FSM décentralisé tenu dans la capitale du Mali en janvier 2006 [6].

En application de la lecture rigoriste que font certains de la Charte de principes de 2001, les Forums sociaux seraient ainsi condamnés à présenter en ordre dispersé des myriades de propositions d’importance très inégale aux structures de l’ordre dominant qui, des gouvernements aux institutions multilatérales (Fonds monétaire international, Banque mondiale, OMC, OCDE), sans parler de la Commission européenne, font, elles, preuve d’une cohésion sans faille dans l’imposition des dogmes libéraux.

Ce refus volontaire de peser collectivement, à partir d’une plate-forme internationale commune, sur les acteurs du champ politique, tout en restant hors de la sphère électorale, explique l’usure de la formule des FSM. Et cela même s’ils continuent à rassembler des dizaines de milliers de participants locaux, souvent venus par curiosité, comme ce fut le cas à Belem en janvier 2009. Beaucoup de militants s’interrogent sur les débouchés politiques concrets de ces rencontres et sur la manière dont elles peuvent contribuer à l’avènement d’un « autre monde possible ».
 
Les choses se sont compliquées avec l’arrivée au pouvoir, en Amérique latine (Bolivie, Equateur, Paraguay, Venezuela), de gouvernements issus de mouvements populaires, mettant concrètement en oeuvre, avec évidemment des hauts et des bas, des politiques de rupture avec le néolibéralisme – tant au niveau national qu’international -, telles que celles avancées dans les Forums. Quelle attitude adopter à leur endroit ? Faut-il être solidaires d’eux, fût-ce au cas par cas ? Ou bien faut-il rester les bras croisés et regarder ailleurs, au prétexte qu’il s’agit de gouvernements, donc par essence suspects, et qu’il faut pour ces raisons tenir à distance.

Ce comportement renvoie à une idéologie libertaire diffuse, mais très présente dans de nombreuses organisations. Elle a été théorisée, notamment, par John Holloway dans un ouvrage au titre explicite : Comment changer la société sans prendre le pouvoir [7] Le mot pouvoir est d’ailleurs absent du vocabulaire de nombre de ces acteurs, sauf pour être stigmatisé, très souvent en réaction aux dérives totalitaires des États-partis. En revanche, le contre-pouvoir et la désobéissance civique sont censés être des leviers privilégiés du changement. Une telle posture devient difficilement tenable quand, par exemple, à l’occasion du Sommet de Copenhague, l’Alliance bolivarienne des peuples de notre Amérique (ALBA), qui regroupe 9 Etats latino-américains et caraïbes, prend des positions qui convergent avec celles des coalitions d’ONG exigeant la justice climatique, et met directement en cause le capitalisme [8].

Le nouveau contexte international va imposer, y compris dans la conception des Forums sociaux, la recherche de nouvelles formes d’articulation entre mouvements sociaux, forces politiques et gouvernements progressistes. Un mot a été proposé pour caractériser cette évolution : le post-altermondialisme [9], qui ne se substitue pas à l’altermondialisme, mais en constitue un essaimage possible. Lors du FSM de Belem, on avait pu voir une première ébauche de cette démarche post-altermondialiste dans le dialogue entre quatre présidents latino-américains - Hugo Chavez (Venezuela), Rafael Correa (Equateur), Fernando Lugo (Paraguay) et Evo Morales (Bolivie) – et les représentants de mouvements sociaux du sous-continent.

Ce dialogue va s’approfondir, avec une participation accrue de chefs d’Etat (dont celle du président Lula), à l’occasion du Forum social thématique de Bahia, prévu à Salvador du 29 au 31 janvier 2010 [10]. Elle devrait se prolonger lors du prochain FSM qui aura lieu à Dakar en 2011. Lors d’une réunion préparatoire organisée dans la capitale sénégalaise en novembre dernier, des mouvements sociaux du continent ont exprimé leur volonté de faire évoluer le FSM. Sont venues dans le débat des formulations comme la nécessité d’en faire « un espace des alliances crédibles » et non pas « un marché de la société civile » ; de « définir une relation nouvelle avec les acteurs politiques » en vue de « construire une alternative ». C’est en d’Afrique que se consolidera certainement le nécessaire tournant « post-altermondialiste » des Forums sociaux.

 

Bernard Cassen

 

 

 

Notes

[1]  Il s’agissait, outre l’auteur de ces lignes ( à l’époque directeur général du journal et président d’Attac France), de Chico Whitaker et d’Oded Grajew, respectivement secrétaire de la commission Justice et Paix de la Conférence nationale des évêques brésiliens, et dirigeant de l’Association brésilienne des entrepreneurs pour la citoyenneté (CIVES), ainsi que de Mmes Whitaker et Grajew.

[2]  Sur la genèse et l’organisation de ce premier Forum et des deux suivants, lire Bernard Cassen, Tout a commencé à Porto Alegre, Editions des 1001 Nuits, Paris, 2003. Lire également le texte de Chico Whitaker sur les origines du Forum : http://www.forumsocialmundial.org.br/dinamic.php ?pagina=origem_fsm_por

[3]  Ignacio Ramonet, « Davos ? Non, Porto Alegre », Le Monde diplomatique, août 2000. Cet article fut repris dans la vingtaine d’éditions en langues étrangères que comptait alors le mensuel. Il en alla de même pour l’éditorial du même auteur, publié quelques semaines avant le Forum en vue de mobiliser les participants : « Porto Alegre », Le Monde diplomatique, janvier 2001.

[4]  Lire Samir Amin et François Houtart, « Trois défis pour les Forums sociaux », Le Monde diplomatique, mai 2006.

[5]  http://www.medelu.org/spip.php ?article27&var_recherche=manifeste%20de%20porto%20alegre

[6]  http://www.forumdesalternatives.org/FR/readarticle.php ?article_id=841

[7]  Editions Syllepse, Paris, 2003.

[8]  Déclaration spéciale sur le changement climatique approuvée par le Sommet de l’ALBA lors de son Sommet des 13 et 14 décembre 2009 à La Havane. Version en espagnol : http://www.medelu.org/spip.php ?article313. Version en français : http://www.medelu.org/spip.php ?article312

[9]  Le 26 janvier 2008, l’association Mémoire des luttes et la revue Utopie critique ont organisé à Paris un colloque intitulé « Altermondialisme et post-altermondialisme ». Lire son Appel final : http://www.medelu.org/spip.php ?article7&var_recherche=colloque%20post%20altermondialisme

[10]  http://www.fsmbahia.com.br


( 10 octobre, 2009 )

RASSEMBLEMENT A BAB-EL-OUED A LA MEMOIRE DES VICTIMES D’OCTOBRE 88 :

POUR AZOUAOU : DES FLEURS ET DES TALKIES-WALKIES :

lycée l’Emir, en face de la DGSN, en hommage aux victimes des événements d’Octobre 1988. C’est Azouaou Hamou L’Hadj, figure emblématique de l’association AVO 88 (association des victimes d’octobre 1988) qui est l’auteur de cette initiative. Azouaou était au nombre des innocents happés par une fusillade meurtrière un certain 10 octobre 1988 (lire notre article : « Azouaou, le bras désarmé d’Octobre », in El Watan du 9 octobre 2009). Cet ancien artisan bijoutier avait alors été criblé de neuf balles qui lui coûteront son bras gauche et des séquelles indélébiles sur le visage. Il avait à peine 21 ans. Vingt-et-un ans après ces péripéties sanglantes, Azouaou a tenu à revenir sur les lieux du drame et déposer une gerbe de fleurs à la mémoire des chouhadas d’octobre 88, et tout particulièrement, les 39 victimes tombées ce jour-là. « Moi je revendique un statut particulier pour les victimes d’Octobre en tant que victimes d’une bavure d’Etat et non pas d’un « accident de travail » comme on nous désigne honteusement » nous explique-t-il. « C’est ici que je suis tombé » se remémore-t-il en montrant du chef un portail vert attenant au lycée Emir Abdelkader. « Voyez ce mur : il y a encore les impacts de balles qui témoignent de la boucherie. Ce mur-là par contre a été recouvert de ciment pour effacer les stigmates des automitrailleuses » poursuit notre ami avec émotion.
Le rassemblement auquel avait appelé Azouaou a commencé à se former à partir de 10h30 au sein de l’un des cafés adossés au boulevard du 1er novembre. Petit à petit, les gens ont commencé à s’agglutiner autour d’Azouaou. Parmi les présents, Yacine Teguia, membre du bureau national du MDS, Hakim Addad, secrétaire général de RAJ, l’opposant et journaliste Arezki Ait Larbi, le comédien Kader Farès Affak (personnage principal dans « Gabla », de Tarik Teguia). Il y avait également des écrivains et journalistes dont le chroniqueur Chawki Amari ainsi que notre collègue Adlène Meddi. Brandissant une gerbe de fleurs, le cortège s’est ébranlé du café « 1er novembre » en direction du lycée l’Emir. Azouaou a, alors, accroché avec son bras épargné par la machine de la répression, la couronne de fleurs sur la grille du lycée, juste en face du bâtiment de la DGSN. Comme il fallait s’y attendre, la police n’a pas tardé à se manifester. Un officier de police en civil et en lunettes, arborant un talkie-walkie, accourut pour s’enquérir de l’objet de ce rassemblement qu’il avait jugé d’emblée menaçant pour l’ordre public. « N’touma chkoun ? Andkoum autorisation ? » (Qui êtes-vous ? Avez-vous une autorisation ?) ». « Les forces de l’ordre avaient-elles une autorisation quand elles ont arraché le bras d’Azouaou et canardé 39 citoyens algériens ? » rétorque-t-on. Arezki Ait Larbi enchaîne : « Nous sommes venus déposer une gerbe de fleurs, pas poser une bombe. » Les éléments de la police continuent d’affluer et envahissent en force le périmètre. « Qu’est-ce que je vais dire maintenant à mes supérieurs ? » revient à la charge l’officier en lunettes. Un autre policier en civil muni d’un talkie-walkie tente de calmer les esprits. « On veut bien vous laisser, mais cela risque de causer des débordements et on ne veut pas de « machakel ». Vous êtes quand même en face de la DGSN » implore-t-il. La sérénité l’emporte assez vite sur la colère et la cérémonie finit par se tenir malgré tout. Au préalable, la police s’empare de la pièce d’identité d’Azouaou en guise de gage. Une minute de silence est observée suivie de quelques mots d’Azouaou au cours desquels il est revenu sur ce qui s’est passé ce funeste lundi 10 octobre 1988 en ayant une pensée émue pour celles et ceux qui étaient tombés ce jour-là. Le geste, plus symbolique que bruyant, avait le goût d’une victoire sur l’amnésie. « L’important est de marquer le coup » se dit-on. Il est vrai qu’une simple gerbe de fleurs peut avoir raison d’une forêt de talkies-walkies…


Mustapha Benfodil

Rassemblement autour d’Azouaou le 10 octobre 2009 à Bab El Oued. Photo: Malika Taghlit (El Watan)

( 7 octobre, 2009 )

Commémoration du 21ème anniversaire du 5 Octobre 1988 à Alger

Le RAJ a marché

La Tribune 

Par Samir Azzoug

L’association nationale «Rassemblement, action, jeunesse», fidèle à ses habitudes, a, encore une fois, célébré à sa manière l’anniversaire des événements du 5 octobre 1988. Depuis sa création en 1993, RAJ s’efforce de rappeler l’importance de cette date historique : lorsqu’un «peuple s’est soulevé contre la misère sociale» et pour la liberté. Un idéal porté haut et fort par les participants à la manifestation qui s’est déroulée hier à la place des Martyrs. «Libérons la liberté, la liberté fera le reste», conclut la déclaration de l’association lue par une jeune fille.
Après l’organisation d’un séminaire de deux jours, le mot d’ordre est donné par RAJ pour tenir un rassemblement sur le site «historique». 12h30, plusieurs dizaines de personnes se rassemblent au centre de la place. Les services de sécurité tentent de se faire discrets. Vont-ils intervenir pour les disperser ? Le suspense se lit dans les regards. Les jeunes font bloc sur la petite scène érigée à la mémoire des martyrs. Dépôt d’une gerbe de fleurs… recueillement à la mémoire des martyrs de tous les combats pour l’Algérie… minute de silence. Tout se passe dans le calme. Une jeune fille, membre de l’association, lit la déclaration de RAJ. «21 ans après le soulèvement populaire de 88, l’injustice et la misère sociale sont encore plus d’actualité ; les atteintes aux libertés individuelles et collectives ainsi que l’absence de respect des droits humains sont devenues quotidiennes ; la situation s’aggrave de plus en plus. Il y a danger en la demeure», crie-t-elle. Les agents de police commencent à investir la scène. Les banderoles restent levées. «Le but [n’est] pas de pleurer sur son sort ni de prévoir le pire […] Nous devons faire de la réappropriation de nos libertés, de notre dignité le point essentiel de nos mobilisations car, sans liberté, il ne peut y avoir d’espoir de soigner le reste de nos douleurs et maux», poursuit-elle. Mustapha Benfodil, journaliste et écrivain, tente de prendre le relais. Les forces de l’ordre interviennent pour disperser la foule. «C’est bon, vous avez eu ce que vous vouliez», lance un agent de police. Les jeunes résistent, marchent en groupe et se rassemblent un peu plus loin. Les slogans qui rappellent les marches populaires «d’antan» fusent. Sans violence, mais avec fermeté, les forces de l’ordre ordonnent aux manifestants de se disperser. Le mouvement de foule s’engage dans la rue Bab Azzoun. «Algérie libre et démocratique», «vive la liberté» et d’autres slogans anti-pouvoir résonnent sous les arcades. Les klaxons accompagnent les cris. Commerçants et citoyens regardent avec curiosité le passage de cette foule d’«enragés», poursuivie par les policiers. Place Abdelkader Alloula, devant le TNA, nouvelle tentative de rassemblement. Elle connaîtra le même sort que les précédentes.
La foule avance. Vers la Grande Poste d’Alger. Applaudissements rythmés, slogans et klaxons résonnent sur les murs de la rue Asselah Hocine. Les jeunes se sentent euphoriques. Ils ont réussi leur «challenge» : marcher dans les rues algéroises malgré l’état d’urgence. Pour la mémoire et la conscientisation d’un peuple. «Dispersez-vous. Ça y est.
Vous avez marqué non pas un mais plusieurs points. C’est fini, maintenant», décrète un agent de l’ordre en civil.
Le pas franchi par RAJ est grand. La commémoration du même anniversaire l’année dernière était déjà un succès.
En investissant la place des Martyrs, il avait déjà opéré un coup de force. Cette fois, il a réussi à faire plus : marcher pour crier son malaise et rafraîchir la mémoire de ceux qui ont oublié. Le chemin n’est pas couvert de roses ni tapissé de rouge, c’est pour cela qu’il faut marcher… pas après pas. «RAJ continuera de faire ce qui lui est possible […] pour faire en sorte que les martyrs des enfants d’Octobre 88 et des autres mouvements sociaux ne soient pas vains et que demain peut-être, après demain sûrement, nous puissions occuper, librement, toutes les rues et toutes les places d’Algérie», promet dans sa déclaration l’association. 

( 5 octobre, 2009 )

21e anniversaire de l’automne démocratique : Quand le RAJ rallume la flamme d’Octobre

Quotidien El Watan : Dimanche 04 Octobre 2009 .

Par : Mustapha Benfodil

Comme chaque année, l’association Rassemblement action jeunesse (RAJ) tient à célébrer comme il se doit « l’intifada » fondatrice du 5 octobre 1988. Et pour ce 21e anniversaire des événements d’octobre, le RAJ ne déroge pas à la règle. Au menu : un séminaire de deux jours suivi d’un rassemblement, le jour J, à sahat Echouhada. Le séminaire en question, placé sous le thème « L’Octobre des libertés », a été étrenné hier par une conférence intitulée « Algérie : des disparitions forcées aux harraga ».
 

 
 

Le séminaire a été abrité par la Maison des syndicats, incrustée dans le quartier de La Glacière, près d’El Harrach, mis généreusement à la disposition de RAJ par la Coordination des syndicats libres, ceci dans un contexte de verrouillage systématique où, comme le souligne le leader de RAJ, Hakim Addad : « Il est de plus en plus difficile de trouver des espaces à Alger pour organiser ce type de rencontres. » Aux côtés de RAJ, des associations ont fait le déplacement pour marquer l’événement, notamment SOS Disparus et ses figures de proue dont Mme Fatiha Yous et Hassan Ferhati. On notera également la présence de représentants du mouvement associatif marocain, particulièrement l’association Action Jeunesse, la « jumelle » marocaine de RAJ, comme dira Hakim Addad. A souligner aussi la participation de la syndicaliste marocaine Fatna Afid de l’Organisation démocratique du travail (ODT). Cette première conférence donc a été donnée par le professeur Arezki Derguini, enseignant et chercheur à l’université de Sétif. Rectifiant quelque peu les termes de la problématique, son intervention se placera essentiellement sous le thème « Mouvements sociaux et action politique ».

Pour lui, les disparitions forcées « de la guerre civile ou de la lutte antiterroriste » et les « disparus de l’émigration illégale », autrement dit, les harraga, sont deux drames humains qui participent à la même tragédie, à savoir l’échec cuisant du pouvoir à dialoguer avec la société et, surtout, l’obstination du régime à configurer la société par le haut en vertu d’une vision profondément régalienne, autoritaire du pouvoir, au lieu que ce soit l’Etat qui soit l’émanation naturelle de la société suivant une mécanique démocratique. « Nous assistons à un conflit entre deux visions et deux projets : un projet qui considère que l’Etat doit être érigé par le haut et un autre qui estime que c’est à la société qu’il revient de construire l’Etat », souligne l’universitaire. Pour lui, il convient de distinguer entre la génération de la Révolution et la génération post-indépendance. « Le pouvoir est en train de passer progressivement des mains de la génération de la Révolution à la génération de l’indépendance », ajoute-t-il. A. Derguini diagnostique ainsi un conflit générationnel entre les deux conceptions suscitées. Et de préciser : « L’élite au pouvoir, particulièrement la hiérarchie militaire, s’accroche encore à cette idée que c’est l’Etat qui doit instruire et construire la société. » Sur la question des harraga, le conférencier avertit que « c’est l’une des prémices de la prochaine explosion sociale ». Et d’insister sur une thèse selon laquelle les mouvements sociaux ne sauraient triompher s’ils n’accordent une plus grande place au savoir qui, selon lui, doit vite prendre le relais de la rébellion spontanée. « Le savoir est la clé du changement. Il permet de concevoir un projet lucide et viable au lieu de se confiner dans des mouvements sans perspective », conclut-il.

« L’amnistie générale va consacrer l’impunité »

Hassan Ferhati de SOS Disparus emboîtera le pas au professeur Derguini pour brosser un tableau pour le moins poignant du drame des disparitions forcées en Algérie. D’abord, une question de sémantique. « Nous, on ne dit pas ‘mafqoudine’, ‘disparus’, on dit ‘makhtofine’, ‘kidnappés’, parce que nous, on sait qui a enlevé nos enfants. Ce sont les services de sécurité ! », assène-t-il d’emblée, avant de marteler : « Maranache habssine, on ne s’arrêtera pas ! Chaque mercredi, on tient nos rassemblements. Et ça, ça les fait fliper ! » Poursuivant son plaidoyer pour une reconnaissance sans ambages de la tragédie des disparitions forcées, Hassan Ferhati développera : « Ils nous disent qu’il faut tourner la page. Nous, on dit, non. Comment une mère peut-elle tirer un trait sur son fils ? On leur dit basta. La page de l’histoire de Algérie de 1988 à nos jours, le peuple doit la lire ». « Moi je veux comprendre : pourquoi ils ont pris mon frère ? Si c’est un terroriste, que la justice fasse son travail. J’irai moi-même en prison lui cracher sur la figure. On nous dit : prenez des indemnisations et qu’on n’en parle plus. Nous on dit ‘el moussaraha qabla el moussalaha’, la vérité avant la réconciliation. Nous, on a donné les noms, mais la justice n’a pas fait son travail. »

Le représentant de SOS Disparus déplore le fait que « le pouvoir joue sur les chiffres ». « Ils parlent de 6000 dossiers de disparus. Maître Ksentini parle de 7200 dossiers alors que dans son rapport de 2007, il avait recensé 14 400 cas. Nous, on dit qu’il y a 18 000 cas de disparition forcée en Algérie. » Et de prévenir que les familles de disparus ne vont pas se taire. « Cela nous vaut d’être persécutés aujourd’hui encore. Des mères de famille ont été tabassées dans la rue. Voilà la vérité : on n’a pas le droit de parler des disparitions forcées dans notre pays. » Dans la foulée, Hassan Ferhati dénonce par anticipation le projet d’amnistie générale dont maître Farouk Ksentini se fait le promoteur auprès de l’opinion. « La réconciliation nationale n’a rien apporté de bon. Maintenant, ils nous parlent d’amnistie générale pour consacrer l’impunité. Mais on n’a pas peur, on continuera à parler et à crier chaque mercredi : ‘atalgouna ouladna nadakhlou lediarna (relâchez nos enfants et nous rentrerons chez nous) ! », défie Hassan Ferhati. Le séminaire de RAJ se poursuivra aujourd’hui avec deux conférences : la première a pour thème « Le rôle de la culture dans l’éveil citoyen » qui sera animée par la cinéaste Habiba Djahnine et des activistes marocains. Quant à la seconde, elle sera consacrée à l’examen de la situation des mouvements sociaux au Maghreb. Et pour clore le tout en beauté, le lundi 5 octobre, un rassemblement aura lieu donc à la place des Martyrs. A la clé, un « happening » aux allures de « chahutage » citoyen. Un beau moment libertaire en perspective.

 

Mustapha Benfodil. 

( 1 octobre, 2009 )

Programme Préliminaire du séminaire du RAJ;

“L’Octobre des Libertés”

Commémoration du 21 ème anniversaire

                         1988-2009

Lieu ; Maison des Syndicats , Cité El-Oued Numero 2 – La Glacière .

( A coté de l’usine de gateaux REGAL ) ;

Samedi 03 Octobre 2009 :

13h00 : accueil des participants et invités

14h00 : Intervention d’Ouverture.

14h30 : conférence débat

 ”Algérie ; des disparitions forcés aux Harragas ”

Animée par :

·        Mr Derguini Militant , enseignant , chercheur

Dimanche 04 Octobre 2009 :

·        10h00 : Conférence débat 

            « Le rôle de la culture dans l’éveil citoyen ».

Animée par :

·                         Mr Mustapha Benfodil ; Journaliste, Auteur .

·                         Mme Habiba Djahnine;  Réalisatrice ,Ecrivaine.

.             Intervention d’un militant Marocain. 

12h30 : Déjeuner. 

14h30. conférence débat

«Les  mouvements sociaux au Maghreb ; état des lieux et perspectives ». 

Animée par :

·         Mme FATNA AFID syndicalistereprésentante de l’Organisation Démocratique du Travail (ODT) Syndicat Marocain .

·        Mme Maghraoui Amina ; présidente du comité femme du SNAPAP

·        Mr  Chahid Khalid représentant de l’Action Jeunesse du Maroc . Association de jeunes au Maroc.

18h00, clôture du séminaire.

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               Dimanche 05 2009 Octobre à la place des Martyrs –Sahat a Chouhada- à Alger

12h30 : Dans le cadre de la réapropriation de l’éspace public ;Rassemblement Pacifique du RAJ et ses Amis (es) .

             Interventions d’enRAJés (ées) , recueillement , dépot de gerbe de fleurs .

            ” Lectures sauvages” de Mr Benfodil et sa troupe .  

            Soyons nombreux (ses) , il y va de nos Libértés , de notre Devenir .

( 23 septembre, 2009 )

Association Nationale de Jeunes

Rassemblement Actions Jeunesse

RAJ

Comité Aït Smaïl

 L’association nationale de jeunes Rassemblement Actions Jeunesse (RAJ) comité d’Aït Smaïl a organisé le vendredi soir 18/09/2009 au niveau de la maison de jeunes sa quatrième édition du café des libertés pour thématique «  l’éducation ; état des lieu et perspectives dans la commune ». « Cette initiative s’inscrit dans la continuité des actions du RAJ, qui a comme principal objectif, la sensibilisation et la mobilisation des jeunes aux problèmes sociaux, ainsi que la promotion de toute activités culturelles, des droits de l’homme et citoyennes, aussi dans le souci de donner à la société, particulièrement les jeunes un espace public et de rencontres démocratiques pour débattre librement de questions d’actualité ».

Dans l’objectif de mieux orienter le débat, et d’enrichir la réflexion, l’association a invité les citoyens, les directeurs des écoles de la commune, les enseignants, les associations des parents d’élèves, deux inspecteurs de l’éducation, et tous le mouvement associatif ainsi que la maire.

La majorité des intervenants, ont rappelé qu’il est impossible de dissocier l’éducation au niveau de la commune avec la politique nationale de l’éducation jugée insuffisante et qui ne répond pas au normes et aux exigences de la société. Certains enseignants ont soulevé l’absences des conditions adéquates, qui permettent à l’enseignant de faire sans travail, tel que le manque des infrastructures de base, et les problèmes socioprofessionnels, sans oublier le marasme sociale, et la cherté de la vie qui empêche à la foi, les enseignants de faire leur devoir autan que éducateurs, les parents d’élèves de faire un suivi rigoureux à leurs enfants.

D’autres intervenants ont dénoncé la passivité de la société civile qualifiée démissionnaire, et individualiste dans la majorité des cas, en insistant sur le rôle cruciale et double tranchant de l’école de la rue et de l’environnement dans l’éducation.

A la fin, la majorité des interventions sont penchées que l’éducation est fondée sur un triple besoin à savoir ; la famille qui est la première cellule de l’enfant, l’école et la société (environnement). Dont il est indispensable de créer, renforcer et solidifier la relation entres ces trois composantes que chacune complète l’autre.

Sans oublier de signaler que la société ne peut pas s’échapper du phénomène de la mondialisation que il faut en profiter de ces avantages  et de se méfier de ses inconvénients.

Il est à rappeler que les thème à discuter dans ces rencontre sont arrêté à base des demandes des jeunes et les résultat des débats des rencontres précédentes, dont la première c’été un débat générale sur « être jeunes en Algérie ça veut dire quoi ? ». Convaincu que les jeunes sont des acteurs importants pour la construction démocratique et sociale et qu’ils constituent une force de proposition et de mobilisation, cette rencontre été une occasion à cette  population juvénile démographiquement majoritaire et minoritaire en matière prise de décision de s’exprimer en toute liberté sur leurs quotidien sans limiter le sujet de discussion.

 La deuxième a pour thématique « le rôle de l’action associatives dans le développement local », cette rencontre est pour objectif d’encourager et de redynamiser le mouvement associatif local qui représente un capital que nul qui peut contester ; il est un acteur incontournable dans tous le processus de développement local et régional, il peut jouer le rôle de médiation entre l’état et la population dans divers domaine, il est acteur important pour la construction démocratique et sociale dont il constitue une force de proposition et de mobilisation et il est souvent à l’origine d’un grand nombre d’initiatives où il participe à l’animation de la vie sociale et culturelle de la commune .

La mondialisation culturelle était le sujet de débat de la troisième édition. Partant du constat que notre société, particulièrement notre jeunesse est dominée par les moyens et les procédés les plus variés en visant à atteindre les couches sociales les plus diverses, pour jeter le trouble dans leur esprit, et les faire douter de leurs valeurs culturelles et civilisationnelles afin de mieux les contrôler et les assujettir, d’où elle est menacé par le formatage culturelle, cette jeunesse est souvent occidentalisée ou orientalisée  au détriment de notre culture, traditions, coutumes, valeurs et mode de vie ancestrales qui caractérisent notre société dont il faut préserver en faisant la différence entre la modernité et la tradition.

Durant toute les rencontres, la question de la passivité des cadre de la société (universitaires) qui ont un rôle important dans la société était souvent soulevée par les intervenants, a cet effet, le thème du prochain café des liberté sera sur le rôle des cadres dans la société.

Abdelouhab Fersaoui 

( 12 août, 2009 )

ATH SMAÏL

  RAJ organise la 2e édition du café des libertés

Le RAJ est une association qui a comme principal objectif la sensibilisation et la mobilisation des jeunes aux divers problèmes sociaux, ainsi que la promotion de toutes les activités culturelles, des droits de l’Homme en général et du citoyen en particulier. Étant donné que les jeunes et le mouvement associatif sont des acteurs importants pour la construction démocratique et sociale, ils constituent une force de proposition et de mobilisation et qui furent à l’origine d’un grand nombre d’initiatives. Conscient que le tissu associatif dispose d’un capital que nul ne peut le contester, il est un acteur incontournable dans tous les processus de développement local et régional ; il peut aussi jouer le rôle de médiation entre l’État et la population dans divers domaine. Consciente du rôle des associations dans la vie sociale et culturelle de la commune, soucieue d’encourager et de redynamiser le mouvement associatif local. Vu le caractère démographiquement majoritaire de la population juvénile algérienne, elle a besoin d’espaces publics et de rencontres démocratiques pour débattre librement de questions d’actualité. Le rassemblement action jeunesse (RAJ), comité d’Aït Smail a organisé la deuxième édition du «Café des Libertés» le vendredi passé et qui a eu pour thématique : « Quel rôle de l’action associative dans le développement local ? » Fersaoui Abdelouahab, président du comité RAJ d’Aït Smaïl et membre du conseil national de cette association dira : « L’objectif de ces rencontres et de lancer des débats entre jeunes et acteurs sociaux et ça dans l’unique objectif de se connaître et de se faire connaître, et aussi de partager les expériences et réflexions avec d’autres », dit-il

 Hafit Zaouche 

le Courier d’Algérie le 12/08/2009

( 22 juillet, 2009 )

L’engagement des jeunes aujourd’hui

article extrait de la publication « les cahiers de l’action » n°1 : « Des ressources pour l’engagement et la participation et des jeunes », édité par l’Injep en mars 2005

Jean-Claude Richez

Il y a dans le discours que tient notre société autour de l’engagement des jeunes un véritable paradoxe. D’un côté, le discours sur les jeunes qui ne veulent plus militer, qui ne s’engagent plus, qui refusent de prendre des responsabilités dans les associations, de l’autre, incontestablement une forte mobilisation des jeunes autour des sujets les plus variés, des JMJ [1] au mouvement altermondialiste [2] pour ne retenir que les deux formes les plus spectaculaires ces dernières années. C’est à la déconstruction de ce paradoxe que nous voudrions ici nous attacher.

Aujourd’hui, les jeunes s’engagent, mais autrement. Cette donnée nouvelle reste difficile à saisir, notamment parce que nous restons très largement prisonniers d’une conception de l’engagement qui privilégie, voire réduit, l’engagement à l’engagement politique et, de façon déjà plus accessoire, à l’engagement syndical et associatif au détriment d’autres formes d’engagement. Rappelons pour mémoire que s’engager, c’est se lier par une promesse ou une convention, et, qu’avant de s’engager en politique, on s’engageait dans l’armée… ou dans les ordres. Le mariage lui-même était considéré comme un engagement. On notera que cette confusion, généralisée en France, entre engagement politique et engagement en général, sur lequel nous ne portons par ailleurs aucun jugement de valeur, n’est pas valable dans d’autres pays et en particulier dans les pays anglo-saxons qui accordent une grande place au bénévolat, soit, au sens étymologique du terme, la recherche du bien commun. On pourrait au passage émettre comme hypothèse que précisément cette surdétermination [3] de la référence politique en France est la conséquence de notre organisation républicaine qui privilégie dans la recherche du bien commun le rôle de l’État.

Après avoir rendu compte de façon plus précise de la fin d’un certain type de militantisme, nous nous attacherons à décrire les formes nouvelles d’engagement des jeunes, puis à l’analyse de ce nouveau régime d’engagement des jeunes qui renvoie à de profondes transformations de notre société.

Sondages, enquêtes d’opinions donnent tous des résultats convergents, mettant en évidence la désaffection des jeunes par rapport aux formes classiques de l’engagement et en particulier à l’engagement politique. Pour mémoire, quelques chiffres tirés de ces travaux : pour la tranche des 13-17 ans, 85 % des jeunes interrogés s’intéressent peu ou ne s’intéressent pas à la politique, 78 % ne parlent jamais de politique en famille, 43 % ne se situent ni à droite, ni à gauche et 23 % refusent de se placer sur une échelle de classement politique, 59 % pensent que les hommes politiques disent tous la même chose et 82 % qu’en tout état de cause, les politiques ne sont pas à l’écoute des jeunes. Seulement 16 % envisagent de se mobiliser dans une association et 6 % d’adhérer à un parti. On notera cependant que, parallèlement, 72 % des jeunes pensent qu’il est utile de voter et que quand même 40 % pensent que le droit de vote est approprié pour permettre des changements positifs [4].

Tout le monde a par ailleurs en mémoire la très forte mobilisation des jeunes entre les deux tours des dernières élections présidentielles et une participation accrue au vote au deuxième tour, qui retombait d’ailleurs immédiatement pour les élections législatives (- 30 % entre le 2e tour des présidentielles et le 1er tour des législatives). Le désintérêt prononcé par rapport à l’engagement politique dans ses formes classiques n’est pas nécessairement désintérêt pour le politique.

Ces éléments sont à rapprocher d’autres phénomènes. Très spectaculaire, le mouvement altermondialiste, qui est essentiellement un mouvement de jeunes. Plus discrète, la multiplication des instances de participation des jeunes sous des dénominations variées et dans des logiques institutionnelles différentes qui depuis plusieurs années connaissent un succès jamais démenti : conseils de jeunes, conseils municipaux d’enfants et de jeunes, conseils départementaux de la jeunesse, conseils généraux de jeunes, conseils régionaux, conseils de la vie lycéenne, forums jeunes… Peu élevé est le nombre des jeunes qui se disent prêts à adhérer à une association, mais nombre d’entre elles constatent chaque jour la capacité qu’ont les jeunes à s’engager ponctuellement aussi bien dans des associations de fait à caractère très local qu’autour d’initiatives de structures plus lourdes.

Un certain nombre d’associations « émergeantes » dans le champ des mouvements de jeunesse et d’éducation populaire témoignent de cette vitalité, comme Animafac [5], l’AFEV, l’ANACEJ, les Petits Débrouillards, les juniors associations.

Le cas de l’AFEV est de ce point de vue exemplaire. Chaque année, elle mobilise près d’une dizaine de milliers d’étudiants pour des activités volontaires, sans par ailleurs parvenir à convertir cette capacité de mobilisation en autant d’adhésions à l’association. Nous sommes là en partie au cœur du débat : comment réintégrer du collectif dans une société de plus en plus individualiste ou, en plus savant, pour reprendre une proposition du sociologue Michel Wieviorka, « comment concilier ces trois aspects distinctifs que sont l’appartenance, la référence à une identité collective, la participation à la vie moderne et la construction de soi comme sujet de sa propre existence [6] ».

Toujours dans le même ordre d’idée, un certain nombre d’enquêtes mettent en évidence une forte demande de la part des jeunes, en termes de compréhension du monde dans lequel ils vivent, pour mieux comprendre les événements dont parle l’actualité, ainsi que pour débattre des problèmes de société qui les préoccupent. Bernard Roudet, chercheur à l’INJEP, souligne de son côté l’importance de l’engagement des jeunes dans la sphère culturelle et sportive, évolution d’ailleurs comparable à celle que l’on observe chez les adultes. « Jeunes et adultes, écrit-il, adhèrent aujourd’hui essentiellement à des associations de défense sportives et culturelles, tandis que l’appartenance à des associations de défense d’intérêts collectifs diminue. Le militantisme cède la place à d’autres formes de participation active, dont témoigne le développement de l’action bénévole. Marquée par le renforcement des valeurs d’individualisation, l’appartenance associative, qui d’ailleurs ne s’accroît plus en France depuis une dizaine d’années, apparaît davantage centrée sur l’accomplissement personnel, voire les relations interpersonnelles et la sociabilité amicale [7] » Dans cette logique, nous comprenons mieux pourquoi les sphères sportives et culturelles apparaissent comme autant de lieux privilégiés de socialisation des jeunes.

Sur un plan plus théorique, on peut considérer que l’individualisation croissante, qui est la marque de notre société, n’écarte pas nécessairement la quête de solidarité et de partage. Un jeune sur deux en dessous de 25 ans consacre du temps volontaire ou bénévole à une action de solidarité nationale ou internationale, action éducative, sportive, culturelle, sociale ou sanitaire. De même, on remarque que l’adhésion à la « société de consommation » n’exclut pas la remise en cause des logiques de la société marchande, comme en témoigne le succès auprès de certains jeunes de mouvements comme « no logo » ou les « antipubs ». Ce phénomène est également fortement inscrit dans nombre de pratiques culturelles des jeunes qui s’inscrivent souvent dans des logiques de pure « dépense » sans que soit nécessairement recherché un profit. À un certain niveau, les logiques de consommation qui sont des « logiques de dépense » se retournent contre les logiques marchandes, de profit et de rentabilité. L’ensemble de ces manifestations relève d’un nouveau régime des formes d’engagement dans notre société caractérisé par des formes d’adhésion plus labiles.

Le sociologue Jacques Ion, l’un des meilleurs connaisseurs de la question, parle à ce sujet d’adhésion « Post-it » ; l’association est au mieux considérée comme un moyen mais jamais comme une finalité [8] . Dans un contexte de brouillage des grands marqueurs idéologiques, de disparition de « réserves de sens collectif » dans lesquels s’inscrivait le processus de socialisation, le principe d’expérimentation domine en quelque sorte par défaut. La socialisation se fait à travers l’expérimentation. Chaque individu se trouve conduit à élaborer ses propres définitions, à énoncer ses responsabilités, qui ne lui sont plus dictées. Comme l’écrit fort justement le sociologue allemand Ulrich Beck : « L’individu devient l’unité de reproduction de la sphère sociale [9]. »

Cette individualisation généralisée ne signifie pas cependant isolement, atomisation, ni que l’individu se trouverait détaché de toute relation. Au contraire, elle favorise l’institutionnalisation et la standardisation des modes de vie. Autrefois, la socialisation conduisait l’individu vers la case qui lui était assignée. Dominaient les formes communautaires de socialisation qui visaient à faire assimiler la tradition, à produire des individus conformes à des normes imposées par le groupe, normes de leur milieu, de leur classe d’origine, de leur classe sociale, de leur culture, se moulant dans des rôles et des statuts sociaux de père ou de mère, de salarié ou de patron, de citoyen.

Aujourd’hui, il n’y a plus de transmission de l’héritage dans sa forme traditionnelle. Il ne s’impose plus comme allant de soi, mais passe par sa mise en débat, en discussion, son expérimentation. L’acquisition d’une capacité à délibérer, à juger, à choisir, à négocier, la « réflexivité » devient essentielle. C’est une capacité de mise à distance critique vis-à-vis des cadres sociaux, groupes d’appartenance et rôles jusqu’alors assignés à l’individu. Capacité « qui s’ancre dans l’évaluation que font les jeunes dans le monde qui les entoure, dans la perception qu’ils ont de leur propre personne et la manière dont ils se projettent dans l’avenir [10] ».

Cette nouvelle donne crée de nouvelles responsabilités pour tous ceux qui sont en position de transmission d’un héritage. L’accompagnement des jeunes dans leurs expérimentations devient un enjeu décisif inséparable du travail de reconnaissance de ces nouvelles formes d’engagement. La multiplication depuis une dizaine d’années des dispositifs publics portés aussi bien par l’État que par les collectivités territoriales témoigne de cette conjoncture nouvelle.

Jean-Claude Richez

article extrait de la publication « les cahiers de l’action » n°1 : « Des ressources pour l’engagement et la participation et des jeunes », édité par l’Injep en mars 2005

[1] Journées mondiales de la jeunesse, organisées par l’Église catholique, voir de Linares Chantal, Kebaïli Cécilia, Mayol Pierre, « Entretien avec Mgr Dubost », Agora débats/jeunesse, no 9, 1997, pp. 35-40 ; et pour une perspective plus générale : Lambert Yves, « Des changements dans l’évolution religieuse de l’Europe et de la Russie », Revue française de sociologie, no 2, 2004, pp. 307-338.

[2] Sur les jeunes et le mouvement altermondialiste, voir Pleyers Geoffrey, « De Gênes à Évian, les jeunes dans la mouvance altermondialiste », L’année sociale, 2004, pp. 167-187.

[3] Nous utilisons ici ce terme dans le sens althussérien. Althusser empruntait, on le sait, ce terme à la psychanalyse.

[4] Tous ces chiffres sont empruntés aux travaux d’Anne Muxel, politologue, professeur à l’Institut d’études politiques de Paris, membre du Centre d’étude de la vie politique en France/Centre national de le recherche scientifique (« La participation politique des jeunes : soubresauts, fractures et ajustements », Revue française de science politique, no 5/6, 2002, pp. 521-544). Sur tout ce qui concerne l’engagement politique des jeunes, on se reportera très utilement à Muxel Anne, L’expérience politique des jeunes, Presses de Sciences-Po, Paris, 2001.

[5] Animafac, réseau d’Echange d’expériences et centre de ressources pour les initiatives étudiantes, lié à la Ligue de l’enseignement ; ANACEJ, Association nationale des conseils d’enfants et de jeunes ; AFEV, Association de la fondation étudiante pour la ville ; Petits débrouillards, culture scientifique et technique

[6] Wieviorka Michel, « Acualité et futur de l’engagement » dans Wieviorka Michel (dir.) Raison et conviction : l’engagement, Textuel, Paris 1998.

[7] Roudet Bernard, « entre responsabilisation et individualisation : les évolutions de l’engagement associatif, Lien social et politique n°51, 2004, pp.17-28.

[8] Voir par exemple Ion Jacques, « Groupements associatifs et modèles d’engagement », dans Roudet Bernard (dir.), Des jeunes et des associations, L’Harmattan/INJEP, coll. « Débats Jeunesses », Paris/Marly-le-Roi, pp. 53-64 et Ion Jacques, La fin des militants, L’Atelier, Paris, 1997.

[9] Beck Ulrich, La société du risque, Aubier, Paris, 2000, cité dans Labadie Francine, Ragi Tariq, « Les jeunes et la politique », Agora débats/jeunesse, no 30, 2002, p. 19.

[10] Labadie Francine, « Modernité et engagement des jeunes », communication à l’université d’été DESCO/INJEP sur l’engagement des jeunes, du 25 au 29 août 2003, Marly-le-Roi (texte à paraître dans Becquet Valérie, de Linares Chantal, De l’engagement des jeunes, L’Harmattan/INJEP, coll. « Débats Jeunesses »).

( 4 mai, 2009 )

Compte rendu

Association nationale de jeunes 

Rassemblement Actions Jeunesse 

RAJ 

 

Compte rendu 

 

Dans le cadre de la célébration du 29ème anniversaire du Printemps Berbère , l’association nationale de jeunes Rassemblement Actions Jeunesse a organisé une série d’activités à travers ces différents comités locaux de communes et de l’universités dont :

  1. le comité du l’université Ferhat Abbas de Sétif a organisé : 

  1.  
    • une double exposition, sur les objets traditionnels amazighs et sur l’histoire et la chronologie du mouvement amazigh depuis le mouvement national ainsi que  la biographie de quelque personnalités militantes qui ont porté trait dans le combat amazigh tel que Mouloud Mammeri ; et ce du 17 au 22 avril au niveau de la salle d’exposition de l’université.
    • pour la journée du 20 avril, le docteur Said Khellil, l’un des détenu du mouvement 1980 et militants de la cause démocratique été l’invité du RAJ comité de université de Sétif, dont il a présenté une conférence au niveau de la salle polyvalente du l’université Elvaz.

Devant une foule nombreuse et chaleureuse composée d’étudiantes et d’étudiants, le conférencier a fait un aperçu historique du mouvement, dont il a accentué sur le caractère pacifique, national du mouvement et porteur d’un projet démocratique pour toute l’Algérie.

Durant le débat, le conférencier a répondu à une vingtaine de questions d’actualité régionale et nationale.

De sa par, monsieur Fersaoui Abdelouhab, coordinateur du comité d’Aït Smaïl durant son intervention a parlé sur l’apport du mouvement berbère, ainsi que d’autre mouvements de contestation qui ont pris l’ampleur ces derniers années dans les quatre coins du pays pour le changement et imposer une transition démocratique et pacifique. Sans oublier de citer le rôle primordial de la jeunesse en particulier l’université comme une locomotive de chaque mouvement.

La conférence s’est terminée dans une ambiance particulière, en distribuant les cadeaux symboliques aux invités et à ceux qui ont contribué à la réussite de la festivité.

·        La semaine est clôturée par une pièce théâtrale traitant le sujet des droits de l’homme et de l’identité amazighe, présentée par une troupe des filles de la résidence universitaire.

  1. le comité de l’université de Béjaia s’est limité à organiser une exposition sur les droit    de l’homme en générale au niveau du lycée de Sedouk,  aussi la troupe théâtrale  du comité  a représenté l’université de Béjaia dans le festival national du théâtre    universitaire à Telemsane  du 17 au 24 avril 2009.  
  2. de son coté le comité de l’université Bouzeréa  d’Alger a organisé une série d’activité pour célébrer cet éventement historique, dont il y avait une exposition  sur le mouvement amazigh, projections vidéo et un gala artistique.
  3. par contre le comité d’Aït Smaïl, a travers sa section des lycéens  a célébré cet éventement au niveau du lycée Maouche Idris de taskriout, en organisant une exposition sur l’histoire et les animateurs du mouvement accompagnée d’un questionnaire sous forme du QCM , et ce du 18 au 20 avril.

Il est à signaler que cette activité est précédée par une autre exposition sur la lutte contre le SIDA, la toxicomanie et le Tabagisme dans le même lycée durant les journées du 15 et 16 avril là ou il a été distribué plus de 500 déplions.

 

 

P/ le RAJ 

A.F 

 

( 5 avril, 2009 )

RAJ Communiqué

Communiqué;
         

           Suite à l’éxpulsion ce matin de la militante des Droits Humains,  Madame Bensedrine Sihem de l’aéroport d’Alger lui refusant ainsi l’entrée sur le térritoire Algérien .
 
           Le RAJ dénonce avec la plus grande fermeté l’acte ignoble des autorites qui demontrent ainsi leur manieres de traiter les militants (es) des Droits Humains et leurs sainte horreur de tout ce qui peut être lier aux Droits et à la Justice  . 
    
         Le RAJ ammène ses soutiens à Madame Bensedrine et à la LADDH et les assurent de son entière solidarite active .
 
        
        P/ L’association  RAJ
 
             Hakim Addad
             S.G   

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