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( 5 septembre, 2008 )

RAJ : « Le rôle de la jeunesse dans la construction démocratique »

Dans le cadre de la célébration du 46ème anniversaire de l’Indépendance et de la Journée nationale de la Jeunesse qui se déroule le 5 juillet de chaque année, le comité d’Aït Smaïl de l’association nationale de jeunes Rassemblement Actions Jeunesse (RAJ) a organisé jeudi 3 juillet 2008 une conférence débat sur « le rôle de la jeunesse dans la construction démocratique », introduite par monsieur Djamel BAHLOUL, enseignant en droit à l’université de Béjaia.
Le conférencier a d’abord proposé un aperçu du rôle que la jeunesse a joué durant le mouvement national de libération. « On ne peut pas parler de la jeunesse algérienne sans la situer dans le temps, notamment la période coloniale, durant laquelle le peuple algérien et maghrébin en général était dépossédé de ses droits les plus élémentaires, et où cette population juvénile a pris courageusement les devants pour sortir le mouvement national de l’impasse : c’est d’abord elle qui a déclenché et encadré une révolution portée par les valeurs modernes de liberté, de démocratie et de défense des droits de la personne humaine, forçant l’admiration, suscitant dans le monde l’espoir d’un ordre nouveau qui libère l’homme de toute les formes d’asservissement et lui restitue sa liberté », a déclaré le conférencier.
Djamel BAHLOUL a ensuite évoqué les sacrifices de cette population juvénile après l’Indépendance : pour la démocratisation de l’Algérie durant les évènements du printemps berbère en avril 1980 puis au cours des évènements du 5 octobre 1988 qui ont poussé le régime à accepter le pluralisme politique et médiatique, pluralisme consacré par la nouvelle constitution entérinée par un référendum juste après les événements.
Malheureusement, a-t-il ajouté, contrairement aux dirigeants des pays occidentaux qui portent intérêt à ce potentiel humain, comme en témoignent leur prise de mesures concrètes pour la protection des jeunes ou leur donnant les moyens de s’organiser et de se préparer à prendre le destin et l’avenir de leurs pays en main, l’élite dirigeante de l’Algérie ignore ce potentiel humain qui a la capacité de participer pleinement au développement de son pays. Les élites algériennes ont préféré privilégier le développement de richesses rentables qui disparaissent, au détriment de la richesse humaine génératrice et créatrice de moyens de long terme, à même de contribuer à l’essor de la nation.
Cette population juvénile, majoritaire démographiquement mais minoritaire en termes de représentativité, qui représente plus de 70% de la population, vit ainsi dans l’impasse, sans avenir, sans perspectives et sans protection sociale. Chômage, dégradation du pouvoir d’achat, déperdition scolaire et analphabétisme chronique, éclatement de la cellule familiale, mal vie, corruption, bureaucratie, l’injustice sociale… Tous ces fléaux qui atteignent la jeunesse algérienne sont dus à l’absence de politique de prise en charge par les gouvernants. Les jeunes, eux, ne croient plus aux discours populistes électoralistes et à l’égalité de chances. Chez eux, le sentiment de l’injustice s’est étendu.
Les jeunes, lycéens, étudiants, chômeurs, travailleurs n’ont trouvé de ce fait que la rue pour exprimer leurs ras-le-bol. La réaction fréquente du pouvoir : réprimer et tabasser… comme lors des événements d’avril 1980, ou le 5 octobre 1988, ou lors du mouvement citoyen de 2001 et d‘autres mouvements de protestation encore aux quatre coins du pays, évènements au cours desquels les jeunes Algériens ont envahi les rues dans les différentes régions d’un pays SOLIDAIRE ET UNANIME pour revendiquer avec eux la justice, crier haut et fort le refus des inégalités, exprimer le ras-le-bol du mépris et des privilèges partagés par une minorité, protester contre l’absence des libertés.
Face a cette situation explosive, le pouvoir n’a pas essayé de faire un diagnostic, ni d’en chercher les causes ou de s’attaquer aux problèmes à la racine. Il a opté au contraire pour des réformes de pure forme, mal conçues, mal expliquées et rejetées par une population qui a besoin des réformes de fond, faites dans la démocratie et le respect des libertés, de toute les libertés.
Ce marasme social a poussé les jeunes à la dérive, vers la débauche, la drogue, ou à embrasser le suicide sous formes des phénomènes de HARRAGA et de KAMIKAZES.
Ces dernières années, le phénomène de l’émigration clandestine et de ses harraga a pris de l’ampleur dans les pays africains. Les chroniques à la une des journaux rapportent en continu la fin souvent tragique de ces candidats à l’émigration clandestine vers l’Europe.
Ces jeunes désespérés tentent, souvent au péril de leur vie, de rejoindre l’autre rive en espérant à un avenir meilleur… alors que l’Algérie dispose chez elle de toutes les richesses pour vaincre la pauvreté et offrir ainsi un cadre de vie digne à ses enfants.
Il ne se passe pas une semaine sans que les flots ne rejettent le long des côtes algériennes des cadavres de candidats à l’émigration noyés dans les eaux de l’Atlantique et de la Méditerranée, tandis que des centaines d’autres sont sauvés par les forces navales.
Des chiffres font peur :
En 2006, quelques 7000 émigrants clandestins africains de divers pays seraient morts durant leurs tentatives de joindre l’Occident (source : sene web et ALCEC).
L’archipel espagnol des Canaries a reçu au total, depuis le début de l’année, quelque 19 000 immigrés clandestins, soit quatre fois plus que durant toute l’année dernière (4750). Ce chiffre ne tient pas compte des cadavres retrouvés ou disparus à la suite des naufrages.
En Algérie, de janvier à septembre 2007, 1518 candidats à l`émigration clandestine ont été sauvées par les forces navales (source : gardes-côtes algériens).
Selon l’enquête faite par la Ligue Algérienne pour la Défense des Droits de l’Homme (LADDH), des milliers de jeunes HARRAGA réchappés de la mort soufrent dans des centres de d’internement en Libye ou dans des prisons tunisiennes qui font le sale boulot au profil de l’Union Européenne. Des centaines de familles n’ont plus de nouvelles de leurs enfants disparus.
Malheureusement, l’Algérie a participé dans ce sale boubou en créant elle aussi des centres d’internement pour les immigrants subsahariens.
Faut-il rappeler que du point de vu du droit international, ce qui est criminel, ce n’est pas le fait pour un individu d’émigrer, c’est le fait pour une autorité publique de tenter de l’en empêcher. La déclaration universelle des droits de l’homme proclame en effet le « droit de quitter tout pays, y compris le sien ».
Aussi une frange la plus marginalisée et la plus sensible de la jeunesse a vu dans l’islamisme intégriste un moyen pour contester l’hégémonie de l’élite dirigeante et de lui disputer le contrôle qu’elle exerce sur les ressources économiques. Cela a poussé ces jeunes à être manipulés, à accepter de devenir des bombes, des kamikazes qui se font exploser et emmènent avec eux des vies innocentes.
Les retombées négatives de cette donne socioéconomique et politique sur le développement d’une société complète ont paralysé la jeunesse entière, cette jeunesse majoritaire démographiquement et minoritaire en termes de représentativité. Cette jeunesse dont on constate l’éloignement de l’exercice politique, la baisse des adhésions dans les organisations, associations, syndicats et partis, ainsi que la forte abstention aux élections.
En conclusion, le conférencier a interpellé les jeunes : « Notre conscience à nous tous est interpellée. La situation actuelle nous impose à nous, cette génération poste-Indépendance mûrissant aux côtés de nos aînés encore vivants, de ne pas rester les bras croisés, de prendre conscience des évènements, du temps de l’histoire, de nous impliquer avec nos idées et de les transformer en actions sur le terrain, donc de militer.
Militer pour la démocratie et pour les droits de l’homme est un devoir qui s’impose à nous de lui-même. En ce domaine, à chacun son idéologie, sa manière et sa pédagogie ! Mais il faut s’impliquer dans le champ politique, ce qui veut dire adhérer dans des associations de jeunes, de femmes, des syndicats ou des partis politiques, afin de proposer et d’imposer aux gouvernants actuels des réformes qui répondent aux aspirations de cette population juvénile et lui permettent de jouer son rôle dans le développement durable de leur nation. »
FERSAOUI A/LOUHAB

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